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Al Qaeda : l’insurrection des pions de la CIA de la Libye au Yémen

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Webster G. Tarpley, Ph.D.
TARPLEY.net
3 avril 2011

Après deux semaines d’attaque impérialiste, la Libye est en train d’être mise en pièces par les terroristes d’al Qaeda, la guerre civile, les raids aériens de l’OTAN, les missiles de croisière, les drones prédateurs et les hélicoptères C-130. Tout ceci a été rendu possible par les rebelles d’al Qaida soutenus en sous-main en Cyrénaïque par la CIA. Les commandos américains, britanniques, français et hollandais ont pris le commandement des forces rebelles et les arment avec des armes modernes, en violation flagrante de l’embargo sur les armes mis en place par la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. Comme le président du Tchad l’a fait savoir, Al Qaeda s’est emparée de son côté d’armes lourdes volées dans les arsenaux de l’armée libyenne et les a fait sortir du pays.

Les lendemains qui chantent de la rétorique anglo-américaine fumeuse des révolutions de couleurs s’est maintenant évanouie et à la place, on voit apparaître la réalité hideuse d’un mouvement brutal, cynique, prémédité et impérialiste qui vise ni plus ni moins qu’à désintégrer l’Etat-Nation moderne lui-même.

Darna gouvernée par un triumvirat de terroristes

Selon le Daily Telegraph du 26 mars, Darna (également écrite sous la forme : “Derna” ou “Darnah”), une ville clef de la zone tenue par les rebelles entre Benghazi à l’Ouest et Tobruk à l’Est. Elle est dirigée par un certain al-Hasidi, un conseiller militaire d’al Qaeda qui a frayé avec Ousama ben Laden au camp d’entrainement terroriste de Khost en Afghanistan. Hasidi se vante d’avoir formé et envoyé 25 combatants de la mort se battre contre les soldats de l’OTAN et des Etats-Unis en Afghanistan : on se demande combien ils ont tué de soldats occidentaux. Hasidi a été fait prisonnier de guerre américain après avoir été capturé par les Pakistanais, mais il a déclaré au Wall Street Journal du 2 avril, qu’il haïssait maintenant les américains “à moins de 50 %”, laissant entendre que les américains pouvaient se racheter aux yeux d’al Quaïda en fournissant des armes, de l’argent, le pouvoir politique et un soutien diplomatique. A ses côtés, le contrôle de la ville est assuré par Sufian bin Kumu, ni plus ni moins le chauffeur d’Ousama ben Laden, autre terroriste notoire qui a été interné dans la base de Guantánamo Bay pendant 6 ans.

De même, parmi les édiles de Darna, on compte Al-Barrani, membre actif du groupement de lutte islamique en Libye, qui a fusionné avec al Qaeda en 2007.

Ce troupeau de fanatiques, de psychotiques et de criminels est présenté par les média dominants sous influence de la CIA comme l’élite dirigeante et efficace qui formera le gouvernement démocratique futur de la Libye. En réalité, le conseil des rebelles de Benghazi, avec le poids des terroristes d’al Qaeda, ne présiderait au plus qu’à la descente du pays dans le chaos du tribalisme ; les chefs militaires et les syndicats de criminels écriraient dans cette région la fin de la civilisation.

Ceci semble être exactement le but de la politique américaine, non seulement en Libye mais dans toute la région.

Darna, en Libye du Nord-Est, capitale mondiale pour le recrutement de terroristes.

Qu’on ne prétende pas que ces personnes sont atypiques. Une étude de décembre 2007 faite par l’École militaire américaine de West Point a montré que la Libye (qui compte 7 millions d’habitants) a fourni 20 % de tous les combattants d’al Qaeda ayant traversé à cette époque la frontière syrienne vers l’Irak. La ville de Darna (peuplée de 60 000 habitants) a été le plus grand centre de recrutement mondial de “terroristes”, dépasssant Riyad dont la population est pourtant de 4,5 millions d’habitants. Rapporté à sa population, la Libye a envoyé en Irak deux fois plus de “terroristes” que l’Arabie Séoudite. Benghazi, la capitale des rebelles, se plaçait dans cette étude parmi les quatre premières villes pourvoyeuses et 85 % des libyens qui ont déclaré se “spécialiser” on déclaré avoir choisi l’arme de la bombe suicide.

Ces faits simples et tangibles, le London Economist, la BBC et un nombre croissant d’acacadémiciens pro Obama vendeurs de guerre essaient de les minimiser. Il s’agit maintenant de terroristes démocratiques, modérés, qui débattent démocratiquement entre-eux; Wikileaks, le soutien de la CIA a aimablement laissé filtré des secrêts qui donnent à penser que c’est le soutien américain de Qaddafi qui a poussé ces fanatiques dans le désespoir et le terrorisme – ce qui fait aussi partie du plan de la CIA. Le 1 avril, les rebelles de Benghazi ont instrumentalisé la présence de mass-média aux prières du vendredi pour soutenir des signes refusant la direction de la rébellion par Al Qaeda. Si tel est le cas, pourquoi ne pas évincer du gouvernement provisoire le triumvirat des terroristes de Darna et surtout de rendre public les nom d’une bonne douzaine de membres du conseil des rebelles dont on ignore encore le nom et qui sont suspectés d’appartenir à Al Qaida.

Hillary Clinton reconnaît elle-même qu’elle n’a pas une idée claire à 100 % de qui sont les rebelles et l’amiral américain Stavridis, le commandant de l’OTAN, a déclaré à la commission des services armés du Sénat qu’il ne voyait que quelques “reflets” d’Al Qaïda alors que ces lueurs sont aussi brillantes que le soleil de midi sur la Méditerranée.

Les quatre plaies de Libye

L’insurrection libyenne à quatre composantes. La première est fournie par les britanniques and consiste dans les tribus Harabi et Obeidat du corridor Benghazi-Darna-Tobrouk. Ce tribus sont monarchistes et racistes et leur culture traditionnelle est celle de l’ordre obscurantiste Senussi. Pendant la résistance à la colonisation italienne, ces tribus se sont alliées aux Britanniques et ont été récompensées par la mise sur le trône du chef de l’Ordre Senussi, en la personne du roi Idris Ier, celui-là même qui a été renversé par Khadafi en 1968. Privés de leur rôle dirigeant, ces tribus haïssent les tribus Fezzan pro-Khadafi du sud-ouest libyien, soit noires soit de peau foncée, et cet état de fait a donné lieu à des lynchages ou des massacres de travailleurs immigrés tchadiens, maliens ou du Soudan, massacres soigneusement passés sous silence par les média occidentaux. Enan Obeidi, la femme qui aurait été violée par les forces de Khadafi, fait partie de la tribu des Obeidat de Benghazi, ce qui inviter à prendre son témoignage avec prudence. On a pas oublié l’histoire des couveuses du Koweit en 1990, qui s’est révélée ensuite être une intox entièrement fausse mais qui a été suffisante pour créer l’hystérie voulue à cette époque pour partir en guerre contre Saddam Hussein.

Deux ingrédients proviennent de la CIA : le premier est le groupe Al Qaeda en personne, fondé en 1981-82 par le député directeur de la CIA Robert Gates, (l’actuel ministre de la défense) – pour lutter à l’époque contre l’URSS en Afghanistan. L’autre ingrédient créé par la CIA est le Front de Libération Nationale en Libye, basé au début au Soudan puis en Virginie du Nord. Ce groupe a fourni Khalifa Hifter, l’expert de la CIA, comme conseiller et entraîner militairement les rebelles et aussi probablement pour servir de couverture à la présence d’éléments d’Al-Qaida.

Le quatrième ingrédient est fourni par la France par l’intermédiarie de la DGSE, qui, comme le Maghreb Confidential l’a dévoilé, a organisé l’automne dernier la défection de Nouri Mesmari, un des plus hauts collaborateur de Khadafi Une clique de généraux retournés a ainsi aidé à fomenter des mutineries contre Khadafi dans le Nord-Est libyen.

Et la Libye n’est pas la seule ! Au Yemen, les opérations d’Al Qaida sont les composantes majeures de la tentative de putch de la CIA contre le président Saleh, le but étant de couper Yemen en deux états croupions ou plus. Le dirigeant d’Al Qaïda s’appelle al-Shihri, un séoudien qui a été libéré avec d’autres détenus de Guantánamo et envoyés au Yemen par le gouvernement Bush, soit-disant à des fins humanitaires, mais en réalité afin de diriger les opérations de destabilisation. Au Yémen également, on trouve Anwar Awlaki, né aux Etats-Unis, notoirement connu dans le milieu comme agent double de la CIA (Awlakey the CIA lackey, laquais de la CIA. Il a été utilisé pour impliquer avec d’Al Qaïda une douzaine de terroristes, notamment ceux des attaques de Fort Hood, de Fort Dix, et beaucoup d’autres.

En Syrie, le but de la CIA est de priver l’Iran d’un allié, d’isoler le Hezbollah, d’expulser la Russie de la base navale de Tartus et de renforcer le pouvoir des frères musulmans, qui constitue de loin la force principale de l’insurrection.

Les autres Nations doivent exiger du département d’Etat américain d’explications concernant son rôle dans l’armement des terroristes d’Al Qaïda

Le premier ministre turc Erdogan a correctement mis en garde contre la politique d’armement des rebelles par l’OTAN qui selon lui aurait pour effet de “contribuer au terrorisme”. Le Ministre des Affaires étrangères russe Lavrov a aussi condamné tout armement des rebelles. La demande du pape Benoît XVI d’un cessez le feu va dans le même sens. La Russie, la Turquie, la Chine et d’autres gouvernements devraient maintenant demander des explications au Département d’État américain : pourquoi les Etats-Unis fournissent-ils des armes modernes et un entrainement aux terroristes internationaux les plus dangereux, envisagent de mettre à leur disposition une grande part des 32 milliards de dollars de capitaux gouvernementaux libyens gelés et une partie des revenus provenant du pétrole. Il n’en faut pas plus que que la Méditerranée, le monde arabe et l’Europe deviennent un chaudron bouillant d’où débordent réfugiés, piraterie et guerre.

Sous Bush et Cheney, la soit-disant présence d’Al Qaeda a été utilisée comme prétexte pour des bombardements et des invasions. Sous Obama, un impérialisme anglo-américain distendu et moribond utilise Al Qaeda comme sa propre infanterie irrégulière pour casser et désintégrer les Etats-Nations du monde dans le but de les décomposer en un chaos de tribus, de sectes, de chefs de guerres et de criminels.

On constate donc qu’Al Qaida a repris son rôle premier de guerrilla au service de la CIA. Le résultat est que la notion même de civilisation est mise en danger sur de vastes portions de la planète. Pour les sceptiques, il suffit de regarder la composition du conseil de la ville de Darna en Libye.

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